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:: Interview du DG de l'OIPI à Fraternité Matin sur la valorisation de l'Attiéké sur le plan international

Denis Bohoussou (Directeur général de l’Office ivoirien de la propriété intellectuelle) "Nous voulons faire de l’attiéké ce que la France fait de son champagne" Le Conseil des ministres du 3 août a pris plusieurs décisions, au nombre desquelles la nécessité de protéger l’attiéké. Comment accueillez-vous la mesure et quel est son intérêt pour les Ivoiriens? La décision du Conseil des ministres consistant à protéger l’attiéké est la bienvenue ; elle est même salutaire. C’est un enjeu national, il est donc tout à fait opportun que l’on puisse prendre toutes les mesures pour que cet élément du patrimoine soit protégé. L’Office ivoirien de la propriété intellectuelle (Oipi), en tant que structure en charge de la protection,ne peut que se réjouir d’une telle décision. Il va s’empresser de la mettre en œuvre à partir des indications que l’autorité de tutelle voudra bien nous donner. L’attiéké existe depuis des lustres et fait partie des habitudes de consommation des populations ivoiriennes mais également étrangères. Pourquoi l’État pense-t-il maintenant à sa protection ? La protection juridique de l’attiéké va consister à consolider sa valeur économique sur le plan international. Cette protection ne consiste pas à exclure autrui, mais à faire en sorte que ceux qui sont les précurseurs de ce produit, de cette matière première puissent bénéficier des avantages économiques. Aujourd’hui, nous faisons face à la concurrence de l’attiéké qui vient de l’étranger et qui n’est pas forcément de la même qualité que celui produit en Côte d’Ivoire. La protection juridique permettra de reconnaître l’attiéké ivoirien ; ce qui va lui conférer davantage de valeur sur les marchés étrangers et même sur le marché national. En outre, l’initiative favorisera l’intégration des producteurs dans le circuit économique moderne. Pour faire un parallèle, dans un supermarché, le client aura le choix entre plusieurs variétés de riz. Le choix sera porté sur le haut de gamme, notamment le riz thaïlandais. C’est à cela que nous voulons aboutir. Ainsi, face à plusieurs semoules de manioc, vous devez pouvoir dire que l’attiéké est celui de la Côte d’Ivoire et donc il est la bonne qualité. Ce sont des outils d’accompagnement juridique qui nous permettront d’aboutir à ce résultat. Que protégez-vous concrètement ? La décision du gouvernement comporte plusieurs aspects. L’aspect sur lequel porte le communiqué est celui de la protection juridique de l’attiéké qui comporte divers paramètres. Le 1er est que l’attiéké, en tant que produit, peut être protégé par le système de la propriété intellectuelle dans le respect des conditions. L’attiéké n’étant pas un produit nouveau, il est difficile de prendre un brevet sur l’attiéké. En revanche, le système de protection peut prendre en compte la manière d’obtenir le produit, ce qu’on appelle le procédé. En cela, la manière d’obtenir le produit attiéké est le fruit d’un savoir-faire des Ivoiriens qui mérite d’être protégé par un certain nombre de mécanismes juridiques que nous allons déployer au sein de l’office et des différents pays qui peuvent être des concurrents. Le dernier élément de cette protection juridique est lié à l’appellation attiéké qui, en soi, a une valeur symbolique, culturelle mais également économique. Demandez sur le marché la semoule de manioc et vous comprendrez que les gens s’étonneront. Par contre, il suffira de demander de l’attiéké pour être servi. En réalité, c’est parce que le produit porte un nom connu qu’il aura de la valeur ajoutée. Et c’est ce nom qui est un élément du patrimoine de la Côte d’Ivoire. La protection juridique va consister à faire en sorte que seuls les produits en provenance de la Côte d’Ivoire s’appellent attiéké, étant donné que des pays asiatiques ou africains peuvent produire également de la semoule de manioc. Mais ils ne pourront pas l’appeler l’attiéké car ce nom sera désormais réservé exclusivement Quel délai peut prendre le processus de protection? La procédure peut durer en moyenne six mois et deux ans maximum. Après quoi, nous pourrons avoir les 1 ères décisions de protection. C’est ce que nous appelons l’enregistrement de la marque de produit et ou de service sur les différents marchés, notamment les marchés africain, asiatique, européen. La 2e phase suit automatiquement. En effet, au niveau national, il existe plusieurs variétés d’attiéké en fonction des régions, des savoir-faire des populations. Il s’agira donc de mettre en valeur le savoir-faire de chaque population. Ce qu’on appelle la protection par le système des indications géographiques et le système des marques collectives. Au bout des deux ans de mise en œuvre du processus, nous devons pouvoir avoir, au final, des labels régionaux. Nous aurons, par exemple, l’attiéké Ébrié, de Dabou ou de Grand- Lahou. La création de ces labels, au-delà de ces aspects juridiques, entend également apporter une démarche qualité, de certification dans la fabrication de l’attiéké. Cette labellisation va permettre de faire, par exemple, ce qu’on appelle des cahiers des charges de production de l’attiéké, de le caractériser à travers le goût, la couleur, la taille des grains. L’enjeu final est que ce produit soit exporté comme tout autre produit industriel qui remplit les normes de qualité, sanitaire et autres. Comment se fera le transfert de compétences ? Nous avons déjà commencé à travailler avec les régions. Il s’agira d’organiser les producteurs en leur inculquant des méthodes modernes de valorisation de leur produit. Une phase de ce travail se fait avec l’Oipi, à savoir la délimitation des aires de production des différents types d’attiéké, la formation des acteurs locaux avec un accompagnement juridique pour l’utilisation des outils. Cela demande aussi l’implication des collectivités territoriales. Le manioc est consommé dans plusieurs régions d’Afrique. La Côte d’Ivoire, dans cette aventure, ne sera-t-elle pas concurrencée ? Le manioc est une plante tropicale qui est produite non seule- ment en Afrique, mais également en Asie, en Amérique et ailleurs. La démarche, ici, ne vise pas à empêcher qui que ce soit d’utiliser les sous produits ou les transformations du manioc. L’objectif est de faire en sorte que chacun puisse tirer un avantage économique de son savoir-faire en matière de transformation du manioc. Quand on parle de l’attiéké, la référence est la Côte d’Ivoire. Si je vous dis gari, un produit obtenu du manioc, systématiquement vous pensez au Bénin ou au Nigeria. C’est cette image que nous devons être en mesure de rattacher à une région, à un savoir-faire particulier. Ce n’est pas une démarche de défiance. Elle a plutôt un caractère économique. Il s’agit de faire en sorte que les producteurs puissent avoir beaucoup plus de revenus à partir de leur savoir-faire. Quelle stratégie faut-il pour accompagner l’Oipi? Nous attendons que nos inventeurs soient beaucoup plus valorisés avec beaucoup plus de soutien. Pour développer le système de la propriété intellectuelle en Côte d’Ivoire, nous avons proposé un certain nombre de documents stratégiques qui sont en cours de validation. Il s’agit de la stratégie nationale de développement de la propriété intellectuelle et d’innovation technologique. Ces documents stratégiques montrent qu’il est tout à fait urgent et nécessaire de mettre en place un fonds d’accompagnement des inventeurs. Si l’État ne le fait pas pour que les inventeurs puissent transformer leurs inventions en produits commercialisables, ce sera la perte de nombreuses opportunités d’emplois. Nous avons l’exemple d’un inventeur qui, à partir de son invention, a créé une entreprise qui emploie une vingtaine de personnes. C’est donc un élément qui peut accompagner la création d’emplois. C’est dans ce contexte que nous pensons que les inventeurs ont besoin d’être soutenus financièrement par les pouvoirs publics. Il n’existe pas, pour l’instant, de fonds dédié à la valorisation des inventions. C’est un élément fondamental qu’il faudra mettre en place. INTERVIEW RÉALISÉE PAR PAULIN N. ZOBO

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Septième Programme de Master en propriété intellectuelle, à l’Université de Yaoundé II, au Cameroun.